12.01.2018, 00:01

Petra Gössi a dû s’expliquer devant les siens

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Petra Gössi a été obligée de clarifier sa position devant son groupe parlementaire.

 12.01.2018, 00:01 Petra Gössi a dû s’expliquer devant les siens

Par Philippe Boeglin

PARTI LIBÉRAL-RADICAL La présidente du PLR voulait abolir la clause guillotine avec l’Union européenne. Elle a ensuite calmé le jeu en séance de groupe.

Plus d’un parlementaire n’en avait pas cru ses oreilles: fin novembre, la présidente du PLR Petra Gössi appelait carrément à la suppression de la clause guillotine entre la Suisse et l’Union européenne. Une déclaration qui avait pour le moins surpris certains collègues de parti (notre édition du 29 novembre)....

Plus d’un parlementaire n’en avait pas cru ses oreilles: fin novembre, la présidente du PLR Petra Gössi appelait carrément à la suppression de la clause guillotine entre la Suisse et l’Union européenne. Une déclaration qui avait pour le moins surpris certains collègues de parti (notre édition du 29 novembre). L’affaire n’en est pas restée là. Elle s’est enrichie d’une suite officielle: la conseillère nationale a dû s’expliquer devant ses ouailles en séance de groupe parlementaire, a-t-on appris.

Tout commence par une interview accordée à l’hebdomadaire «Zentralschweiz am Sonntag», juste après la visite à Berne du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, le 23 novembre. Petra Gössi fustige la clause guillotine, ce mécanisme prévoyant l’annulation automatique des sept accords bilatéraux I, si un seul d’entre eux tombe.

Milliard sous condition?

Par ses propos, la Schwyzoise donne l’impression à certains qu’elle conditionne l’aide de 1,3 milliard de francs aux pays pauvres de l’Union (le «milliard de cohésion»): Berne ne devrait la verser que si Bruxelles consent à abandonner la clause guillotine.

Les déclarations font grimacer et sursauter à la ronde, au PDC et au PS notamment. Elles interloquent au sein même du PLR. Vient ensuite une séance ordinaire du groupe parlementaire libéral-radical. Le ton est courtois, mais les termes sans équivoque.

Selon nos informations, on fait remarquer à la Schwyzoise que le lien effectué entre le «milliard de cohésion» et la suppression de la clause guillotine n’a pas de fondement juridique. Et que ces deux éléments ne peuvent pas être négociés ensemble.

On attire également l’attention de la présidente du parti sur le côté peu réaliste de sa revendication. «Pensez-vous vraiment que l’Union européenne va renoncer à la clause guillotine?» Le grand voisin a toujours grand besoin de ce levier de pression, alors qu’il tente de convaincre la Suisse de conclure un accord-cadre institutionnel, englobant plusieurs accords bilatéraux.

En plus, si Bruxelles jetait le dispositif controversé aux orties, elle ouvrirait grande la porte à une dénonciation par la Suisse de l’accord sur la libre circulation des personnes. Attaqué sans cesse par l’UDC, ce traité doit en grande partie sa survie à un fait: s’il était résilié, la Suisse risquerait de perdre les autres conventions bilatérales, automatiquement décapitées par la clause guillotine.

Mal comprise

Petra Gössi nie avoir dû se justifier devant son groupe parlementaire. «J’ai clarifié certaines choses en m’adressant au groupe: je n’ai pas fait de lien entre le milliard de cohésion et la clause guillotine. Mes propos ont été mal interprétés par la presse. Je n’ai rien dit de tel, et ne l’ai même jamais pensé.»

Tout de même, la suppression de la clause guillotine est-elle réaliste? La conseillère nationale diffère son appréciation. «J’attends que les intérêts de la Suisse soient représentés avec force. On ne mène pas de négociations en faisant d’emblée des propositions de compromis. Lorsque les négociations sont terminées, là seulement on peut juger si l’objectif de la suppression était réaliste ou non.»

Dans les autres formations politiques, l’attitude de la présidente du PLR n’étonne qu’à moitié. Au PDC, elle est qualifiée par un élu «de politicienne énigmatique, avec un sens politique qui soulève certaines questions». Au PS, un parlementaire estime que Petra Gössi «s’est manifestement exprimée sur un sujet qu’elle ne connaît pas bien».

Plus généralement, il s’avère inhabituel qu’un président de parti soit obligé de s’expliquer devant ses troupes. Mais, comme on le voit, cela arrive parfois.

Seulement cinq accords touchés

L’Union européenne tient à encadrer la voie bilatérale avec la Suisse par un accord-cadre devant assurer l’harmonisation du droit. Alors que la fronde helvétique contre une intervention de juges étrangers grandit, seuls cinq accords bilatéraux sur 120 seraient touchés. De quoi désamorcer la polémique en Suisse sur le règlement des différends entre Berne et Bruxelles. Le discours de l’UDC anti-accord-cadre a fait des émules au PLR et au PDC. Les opposants ne veulent pas que la Cour européenne de justice tranche les désaccords entre Berne et Bruxelles sur la reprise suisse du droit européen. ats


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