14.11.2017, 00:01

Un tagueur multirécidiviste prend douze mois avec sursis

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Le jeune désœuvré a mis sa griffe sur de nombreux murs, portes de garage et portes cochères, dans le Haut comme dans le Bas (image d’illustration), avant d’être confondu.

 14.11.2017, 00:01 Un tagueur multirécidiviste prend douze mois avec sursis

TRIBUNAL A 28 ans, il affronte vingt plaintes pour dommages à la propriété.

Vingt-huit ans. Dernier emploi connu il y a quatre ans. Occupation quotidienne: quelques concerts avec son groupe de Musique et promener son chien. Occupation compulsive: mettre sa griffe un peu partout. En petit, en grand, voire en très grand. Jean* comparaissait hier devant le Tribunal de Boudry pour répondre des multiples dommages à la propriété qu’il a commis,...

Vingt-huit ans. Dernier emploi connu il y a quatre ans. Occupation quotidienne: quelques concerts avec son groupe de Musique et promener son chien. Occupation compulsive: mettre sa griffe un peu partout. En petit, en grand, voire en très grand. Jean* comparaissait hier devant le Tribunal de Boudry pour répondre des multiples dommages à la propriété qu’il a commis, essentiellement à La Chaux-de-Fonds et à Neuchâtel. Verdict: douze mois de prison avec sursis.

Devant le tribunal, Jean fait profil bas. «J’ai eu une période de révolte que j’ai exprimée sur les murs. Mais j’ai compris maintenant que je n’ai pas le droit de toucher à la propriété d’autrui.» Il dit aussi avoir «réalisé la proportion affolante» des actes commis grâce à la procédure lancée à son encontre. Mais, assure-t-il, «maintenant, c’est fini, fini».

Contrat d’insertion

Vingt personnes, entreprises ou collectivités publiques ont porté plainte. A ce jour, seul le Service des sports de la Ville de Neuchâtel a retiré sa plainte. Le prévenu a travaillé gratuitement durant une semaine pour ce service. Et cela lui a tellement plu qu’il a demandé à continuer. C’est chose faite depuis le début du mois: il bénéficie d’un contrat d’insertion de trois mois, renouvelable.

«Je regrette beaucoup ce que j’ai fait. La procédure judiciaire a été presque bénéfique pour moi, car cela m’a permis de trouver du travail. Ça me change la vie de devoir me lever le matin. Je vise à aller mieux et je ne suis plus du tout attiré par cette activité (de tagueur).»

De fait, le prévenu, qui a été deux ans au chômage et qui, depuis, émarge à l’aide sociale, peut se targuer d’avoir convaincu la personne responsable de son suivi. Durant les dix premiers jours de sa nouvelle activité, celle-ci atteste de sa ponctualité et de son assiduité au travail.

Sceptique, le procureur Jean-Paul Ros ne mâche pas ses mots. «Les motifs du prévenu sont pitoyables et égoïstes», estime-t-il. Certes, «l’appréciation du Service des sports est une petite lueur».

«Une épave!»

Mais le procureur relativise, notant que le prévenu n’a pas fait grand-chose entre le début de la procédure, en janvier, et sa comparution devant la justice. «Il a écrit quelques lettres et travaillé dix jours. Se lever le matin depuis dix jours alors qu’on n’a rien foutu depuis quatre ans, c’est quand même un fonctionnement préoccupant!»

Le prévenu est «une épave, quelqu’un qui n’arrive pas à se mettre un pied au cul et se dire ‘maintenant je bouge’!» Le jeune homme a d’autant moins d’excuses qu’il est «en bonne Santé et qu’il a un CFC». Certes, reconnaît le procureur, Jean a dû, il y a quatre ans, cesser son métier de peintre en carrosserie, en raison d’une allergie aux solvants. Mais «il a eu quatre ans pour se reconvertir!»

Conclusion: «Le pronostic est hautement défavorable.» Et de réclamer une peine privative de liberté de quinze mois, dont six mois ferme et neuf mois avec sursis durant cinq ans.

«La lumière attendue»

L’avocate du prévenu reconnaît que ce qu’a fait son client «n’est pas du street art, mais bien quelque chose qui dégrade la propriété d’autrui». Mais elle voit, dans les agissements de son client, «davantage un message de révolte qu’une énergie criminelle».

A l’inverse du procureur, elle pose «un diagnostic encourageant». Jean «se lève le matin avec plaisir, c’est enfin la lumière attendue!» Elle propose «douze mois de peine privative de liberté, dont six à exécuter, ce qui ne l’empêchera pas de travailler.» Et demande au tribunal «de ne pas trop alourdir l’ardoise avec les frais».

La juge Nathalie Kocherhans avoue «avoir beaucoup hésité». Finalement, elle estime que les derniers agissements du prévenu «permettent de croire encore à un diagnostic favorable».

Douze mois, long sursis

Toutefois, seule une peine ferme entre en ligne de compte. Un long travail d’intérêt général n’est pas compatible avec une réinsertion professionnelle et une peine pécuniaire n’entre pas en considération, vu les moyens du prévenu.

Ce sera douze mois donc, avec sursis durant quatre ans, assorti à une obligation de suivi de probation. «Ils peuvent vous aider, notamment, à trouver un psy». Epée de Damoclès: «S’il se passe quoi que ce soit, vous ferez douze mois.» Quant aux frais – 8500 fr. tout de même! –, la juge estime «ne pas pouvoir les réduire», écartant le vœu de l’avocate. «Si vous revenez à meilleure fortune, cela vous sera réclamé.»

*Prénom fictif


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