11.01.2018, 16:45

Le Chaux-de-Fonnier "Doudou" prétend s'être fait voler sa fillette par un père putatif

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Alphonso Chimuna dit être le papa biologique d'une enfant qui a été reconnue à son insu par un autre homme.

 11.01.2018, 16:45 Le Chaux-de-Fonnier "Doudou" prétend s'être fait voler sa fillette par un père putatif

Société Le Chaux-de-Fonnier Alphonse "Doudou" Chimuna prétend être le père d'une enfant reconnue par un autre homme. La mère de la fillette dément et la justice ne peut plus agir.

«Je ne veux pas abandonner ma fille!» Le Chaux-de-Fonnier Alphonso – «Doudou» – Chimuna jure les grands dieux qu’il est le père biologique de Ruby*. Mais cette enfant de bientôt une dizaine d’années a un autre père. Officiel celui-ci, puisqu’Aurel* a reconnu l’enfant comme étant la sienne. Ce que n’a pas fait Doudou. Du moins pas dans les délais légaux.

De fait, toutes les tentatives de cet ancien boxeur congolais se sont fracassées contre les règlements ou...

«Je ne veux pas abandonner ma fille!» Le Chaux-de-Fonnier Alphonso – «Doudou» – Chimuna jure les grands dieux qu’il est le père biologique de Ruby*. Mais cette enfant de bientôt une dizaine d’années a un autre père. Officiel celui-ci, puisqu’Aurel* a reconnu l’enfant comme étant la sienne. Ce que n’a pas fait Doudou. Du moins pas dans les délais légaux.

De fait, toutes les tentatives de cet ancien boxeur congolais se sont fracassées contre les règlements ou l’avis de l’Office cantonal des mineurs. «On m’a volé mon enfant!», s’étrangle depuis lors Doudou. KO debout, il en veut à tout l’establishment, au père qui le remplace et, un peu, à la maman. Celle-ci n’aurait pas joué franc jeu et l’aurait manipulé, prétend Doudou.

Agathe* dément catégoriquement cette interprétation. En premier lieu, elle réfute que Doudou soit le père de sa fille. Cette femme ne nie pas l’ancienne relation amoureuse et extraconjugale avec Doudou. Mais elle refuse de donner toute autre précision sur l’identité du père. «Il peut dire ce qu’il veut. Que c’est soi-disant sa fille, mais il ne s’en est jamais occupé», poursuit-elle, en précisant que le père officiel de Ruby est son compagnon depuis une vingtaine d’années.

Egaré et trompé

Alphonso Chimuna affirme au contraire qu’il s’est longtemps préoccupé de l’enfant et de la mère: «Je les ai accompagnées durant la grossesse depuis la première échographie. Puis à la maternité.» Mais Doudou (marié et père de trois autres garçons adultes, dit-il) n’a pas entrepris les démarches nécessaires pour faire reconnaître sa paternité. «Je ne connaissais pas les lois suisses, que je devais enregistrer l’enfant à mon nom. Elle, au contraire, m’écrivait d’être patient, que notre situation se normaliserait; j’ai gardé ses lettres. En fait, c’était un coup monté. Ils ont profité de moi pour avoir un enfant à eux», dénonce Doudou, en évoquant un sous-entendu de portée médicale. Et d’ajouter: «Ma fille est métisse; eux sont tous les deux blancs de peau... Il ne peut pas être le papa de ma fille», prend à témoin Doudou.

L’Africain s’est peu à peu forgé la conviction qu’il avait été sciemment mis de côté. Il va jusqu’à dire d’Agathe que, «le jour où elle est allée déclarer la naissance de l’enfant, je l’accompagnais. Mais je ne connaissais pas ses plans: elle m’a renvoyé sous un faux prétexte. Et c’est l’autre homme qui a enregistré ma fille à ma place.»

Doudou dit qu’il a pu continuer à voir Ruby de temps à autre. «Mais quand elle a commencé à parler, elle a posé des questions sur moi. Alors, ils ont déménagé.» Alphonso, qui n’est pas un tendre – il admet l’une ou l’autre infraction de moindre importance depuis son arrivée en Suisse, en 1999 – s’est parfois approché du nouveau domicile de Ruby. Ce qui n’a plu ni au père putatif – «une fois, il m’a cogné», affirme Doudou (réd: la plainte pénale a été classée) – ni au médecin traitant d’Agathe – «il m’a téléphoné pour m’interdire de m’approcher de ma fille, sous peine de porter plainte». 

Surprise

En son temps, Alphonso Chimuna a entrepris des démarches pour revendiquer la paternité de Ruby. Son dossier démontre qu’il s’annonce auprès de l’Office des mineurs trois mois après la naissance de l’enfant.

Dans un rapport d’octobre 2009, l’assistant social qui s’occupe de la mère et de son enfant parle d’une «nouvelle surprenante» et indique qu’Agathe est en conflit avec Doudou. Elle l’accuse même d’être en situation irrégulière en Suisse. Ce qu’elle dénonce aujourd’hui encore (le renouvellement de son permis B est actuellement à l’examen). L’assistant conclut son rapport à l’intention de l’autorité tutélaire en indiquant qu’il renseignera Alphonso Chimuna sur les démarches à effectuer s’il désire contester le lien entre Ruby et le père putatif. Alphonso Chimuna contacte alors un avocat d’office.

De là, la situation, déjà compliquée à l’origine, s’enlise définitivement: «Cet avocat m’a demandé 5000 francs pour s’occuper de mon cas, dont 2500 francs d’avance alors qu’il savait que je n’avais pas de travail. Je n’ai pas pu payer», fulmine Doudou. Contacté, cet avocat dément formellement l’accusation. «Je n’ai rien compris», dit Alphonso, qui baisse les bras. Momentanément, seulement.

Laisser l’enfant à sa mère

Aujourd’hui, Doudou considère qu’on lui a pris son enfant parce que, sans travail et aux services sociaux, il est désargenté. «Mais on ne peut pas enlever un enfant à son père parce qu’il n’a pas les moyens de vivre!», clame-t-il.

En dépit de son combat pour faire reconnaître Ruby comme sa fille, Alphonso Chimuna promet qu’il ne réclamera jamais la garde de Ruby. «Je ne veux pas l’enlever à sa mère. Elle en a trop besoin pour son propre équilibre», assure Doudou, en parlant affectueusement d’Agathe. Car, à ses yeux, Agathe serait manipulée par son compagnon. «C’est lui, le cerveau de tous ces mensonges; il tient Agathe et Ruby en otages...», ose imager Alphonso Chimuna.

* Prénoms fictifs

Un rôle de protection de l’enfant

Avocat au barreau, Jean-Frédéric Malcotti s’est penché sur le dossier de paternité d’Alphonso Chimuna. L’avocat n’a pas ménagé sa peine ces dernières années, multipliant les interventions auprès des diverses instances judiciaires susceptibles de satisfaire la requête du Congolais de La Chaux-de-Fonds. L’homme de loi s’est cependant heurté au refus d’un juge d’accorder l’assistance judiciaire à son mandant ou de nommer un curateur pour que celui-ci agisse en contestation de la reconnaissance de paternité par le père putatif. En parallèle, vu le déménagement des parents de Ruby, un problème de compétences territoriales est apparu. Enfin, la justice semble avoir considéré nulles les chances de succès du Chaux-de-Fonnier. Notamment parce que le délai pour entreprendre ce type d’action est d’une année après la naissance de l’enfant.

Jean-Frédéric Malcotti regrette de n’avoir pu accompagner Alphonso Chimuna jusqu’au bout de sa démarche. L’avocat rappelle cependant une réalité: «Le rôle de l’autorité tutélaire est de protéger l’enfant.» Or, une telle procédure risquerait aussi de «déstabiliser l’enfant». A ce titre, le conseil de Doudou dit avoir «tenté de le dissuader de vouloir établir ce lien de filiation». Aux yeux des experts, la relation de sang est des plus importantes, «mais le droit est certainement plus juste que la conception de la population sur les cas de paternité», note l’avocat. Et la justice a classé la requête en reconnaissance de paternité d’Alphonso Chimuna.

Analyse de l’ADN

Alphonso Chimuna réclame à qui veut l’entendre une expertise ADN de Rubypour démontrer qu’il est bel et bien le père de la fillette. Mais il semble avoir épuisé toutes les voies légales pour tenter de faire reconnaître sa paternité. De toute manière, Agathe s’oppose formellement à cette idée. «Mais c’est incroyable... et tout cela se passe en Suisse...», s’indigne Alphonso Chimuna.

Le Congolais refuse d’admettre que les lois helvétiques permettent la reconnaissance d’un père putatif. Apparemment, seule Ruby pourrait prendre la décision de se soumettre à un test de paternité, via son ADN. Mais Doudou devrait attendre que l’enfant soit majeure et qu’elle décide, elle, si elle veut connaître ses origines. Faudra-t-il attendre que Ruby soit majeure pour qu’elle découvre quelle est l’identité de son père biologique? A ce jour, seule Agathe et son compagnon détiennent la réponse.


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