12.11.2017, 18:15

La Chaux-de-Fonds: au chômage après 50 ans, il témoigne

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S’il ne retrouve pas d’emploi, Philippe aura écoulé ses 520 jours d’indemnités de chômage au mois de mai.

 12.11.2017, 18:15 La Chaux-de-Fonds: au chômage après 50 ans, il témoigne

Galère En 2010, peu après ses 50 ans, Philippe a perdu son emploi de boucher-charcutier à La Chaux-de-Fonds. Après quelques contrats ponctuels, il est de retour au chômage et a bientôt épuisé toutes ses indemnités.

La «misère» de Philippe* commence en 2010, alors qu’il vient de passer le cap de la cinquantaine, lorsqu’il est licencié d’une petite entreprise de La Chaux-de-Fonds, après le départ à la retraite de son ancien employeur. «C’est de là que sont parties les emmerdes», lâche-t-il abruptement.

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La «misère» de Philippe* commence en 2010, alors qu’il vient de passer le cap de la cinquantaine, lorsqu’il est licencié d’une petite entreprise de La Chaux-de-Fonds, après le départ à la retraite de son ancien employeur. «C’est de là que sont parties les emmerdes», lâche-t-il abruptement.

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30 ans d’expérience

Malgré une expérience de 30 ans en boucherie-charcuterie, Philippe n’a plus retrouvé de poste dans un job qu’il adorait et aimait transmettre à ses apprentis. A l’exception de contrats ponctuels – trois ans dans une carrosserie, quelques mois à mi-temps comme aide de cuisine – rien ne se profile à l’horizon. «J’avais du travail, je savais pourquoi je me levais», avance-t-il. Mais depuis le début de l’année, pas un seul entretien. «Je suis franc, j’explique ma situation. Et, à chaque fois, on me répond qu’ils ne cherchent personne...»

Célibataire, sans enfants, Philippe accuse le coup. «Je n’avais jamais connu de vide dans ma vie professionnelle. Je me souviens encore de l’époque où on me téléphonait pour me proposer une meilleure place ailleurs», raconte-t-il, nostalgique.

«Des conseillers qui ne conseillent rien»

Sept ans après son licenciement, Philippe frôle la soixantaine et est de retour au chômage. L’attente est pesante. «Je sais que ce n’est pas évident de trouver du travail à mon âge, mais j’arrive au bout de mon chômage. Qu’est-ce que je vais faire?» S’il reste sans emploi, il aura écoulé ses 520 jours d’indemnités au mois de mai. Les services sociaux approchent, indubitablement. «Si je dois y aller, j’irai. Même si je ne veux pas», lâche-t-il dans un soupir.

«J’essaie d’aller de l’avant, mais mon moral est au plus bas», confie-il. «C’est injuste! De l’emploi, il y en a, mais on favorise d’autres catégories de personnes, je n’arrive pas à comprendre.»

Philippe est en colère contre son Office régional de placement (ORP). «On m’a prévenu que ça allait être compliqué de retrouver du travail. Mais je ne comprends pas pourquoi on nomme ces gens conseillers, puisqu’ils ne conseillent rien», lâche-t-il.

Une recherche d’emploi «à l’ancienne»

Il ne saisit pas pourquoi aucun cours  ne lui a été proposé depuis son dernier emploi à plein temps, il y a un peu plus d’un an. «C’est dur. J’ai même craqué lors d’un rendez-vous. J’ai pleuré, je n’en pouvais plus...»

L’ordinateur n’est pas son truc. Il pratique la recherche d’emploi à l’ancienne, en se déplaçant chez les employeurs pour leur soumettre son dossier, en leur téléphonant pour obtenir une réponse. Une méthode qui lui a joué des tours.
Une recherche d’emploi

Après avoir écumé le canton de Neuchâtel et une bonne partie du Nord vaudois, il a tenté sa chance dans le Jura, avec une première série d’appels téléphoniques. Consciencieux, il a noté les numéros des entreprises sur la feuille regroupant les preuves de ses recherches d’emploi, à remplir chaque mois pour obtenir ses indemnités de chômage. Pourtant, l’ORP lui a suspendu quelques jours d’indemnités, sous prétexte qu’il ne pouvait pas présenter de pièces matérielles permettant de prouver sa bonne foi. «Pourquoi mettre une case ‘par téléphone’ si elle ne compte pas», fulmine Philippe.

Deux semaines plus tard, un rendez-vous manqué avec son conseiller quelques mois auparavant lui vaut une seconde suspension. Il écope de nouvelles pénalités. «J’ai fait une grosse déprime et je croyais que mon rendez-vous avait lieu la semaine suivante», se justifie-t-il. Ces sanctions pèsent sur son moral. Épaulé par l’Association de défense des chômeurs de Neuchâtel (ADCN), Philippe soumet deux recours dans les délais. Il attend toujours un retour du service de l’emploi.

10 francs pour finir le mois

Une annonce vient cependant d’asséner le coup de grâce à son optimisme. Ses jours de suspension sont cumulés et retirés sur le même mois. Philippe se retrouve avec une indemnité d’un peu plus de 1000 francs, alors que son loyer s’élève à 1200 francs. Il se sent acculé: «Il me reste 10 balles jusqu’à la fin novembre, je dois demander à des amis de me prêter de l’argent. A mon âge, je suis mal à l’aise. Le chômage me donne en dessous du minimum vital.»

Il a du mal à comprendre. «Ils n’ont même pas attendu la fin du délai de recours. J’assume mes erreurs, mais on n’est pas des bêtes non plus.» Il ajoute, inconsolable: «Je trouve le fonctionnement de l’ORP scandaleux. Je ne me suis pas senti soutenu par mon conseiller, et ils me traitent de récidiviste. ça veut dire que pour eux, je suis un voyou. Je ne comprends pas comment on peut rabaisser les gens comme ça.»

Aidé depuis peu par l’ADCN, Philippe se familiarise gentiment avec l’informatique. «Si une entreprise m’engage, je suis même prêt à suivre une formation accélérée. Je suis prêt et ouvert à tout pour retrouver du boulot.»

*Prénom d'emprunt


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