07.12.2017, 01:06

Un paradis fiscal à Zurich grâce aux Blocher

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Meilen, au bord du lac de Zurich, est une commune riche.  Le revenu imposable par habitant y est l’un des plus élevés.

 07.12.2017, 01:06 Un paradis fiscal à Zurich grâce aux Blocher

Par ariane gigon

FISCALITÉ Meilen conserve un taux d’impôts bas malgré des caisses quasi vides.

Le beau-fils de l’ancien conseiller fédéral Christoph Blocher a une nouvelle fois frappé fort, lundi soir à Meilen, sur la rive d’or du lac de Zurich. Brandissant un porte-monnaie, il a déclaré, lors de l’assemblée communale appelée à voter sur le budget, «vous voyez, il est beaucoup plus léger que l’année passée». Sous-entendu: «J’ai payé mes impôts, nous n’avons...

Le beau-fils de l’ancien conseiller fédéral Christoph Blocher a une nouvelle fois frappé fort, lundi soir à Meilen, sur la rive d’or du lac de Zurich. Brandissant un porte-monnaie, il a déclaré, lors de l’assemblée communale appelée à voter sur le budget, «vous voyez, il est beaucoup plus léger que l’année passée». Sous-entendu: «J’ai payé mes impôts, nous n’avons pas besoin d’augmenter la quotité fiscale.» L’assemblée l’a suivi.

Meilen, bourgade de 13 000 habitants, est en effet le lieu de vie de la famille de Magdalena Martullo-Blocher, conseillère nationale (UDC/GR) et patronne d’EMS Chemie. Comme le montre la luxueuse nouvelle place du village, inaugurée en 2015, c’est une commune riche. Le revenu imposable par habitant y est un des plus élevés, le taux d’impôts un des plus bas, surtout depuis la dernière baisse, à 79%, en 2012. A titre de comparaison, le coefficient est de 119% en ville de Zurich.

Pire dans une année?

En 2012 également, une nouvelle péréquation financière cantonale est entrée en vigueur. Depuis, Meilen doit verser davantage dans le «pot commun». Conjugué à des investissements en infrastructures, cet élément a fait baisser les réserves de la commune à grande vitesse. Le taux d’autofinancement est passé de 116,7% en 2010 à 25,3% en 2016. En 2019, la fortune nette pourrait être épuisée.

La commune voulait déjà augmenter la quotité d’impôts pour l’année 2017. Mais Roberto Martullo, mari de Magdalena Blocher, était déjà intervenu, faisant miroiter des payements complémentaires d’impôts de plus de 6 millions. Et il avait convaincu l’assemblée.

Rebelote lundi soir, avec la présentation d’un porte-monnaie «plus léger». Sollicité pour expliquer son geste, Roberto Martullo n’a pas répondu. Pour le maire, Christoph Hiller (PLR), aux commandes depuis 2010, la situation n’est pas encore dramatique. «Nous avons expliqué que les chiffres seront peut-être pires si on attend une année, mais la tirelire de la commune n’est pas encore vide», explique-t-il. «Dans une année, une augmentation du taux d’impôts sera incontournable.» La commune a déjà décidé de ralentir certains projets.

Lors de la dernière assemblée communale, la gauche a, en vain, avec la commission de gestion des comptes, plaidé pour une hausse immédiate de la quotité. «Tout le monde a le droit de parler», admet le président du PS local, Hansruedi Weber. «Mais les citoyens ne devraient pas se laisser influencer si vite. Nous savons que ce sera pire dans une année!» Meilen n’est probablement pas la seule commune de Suisse à dépendre d’un ou de plusieurs contribuables très fortunés. Une chance, ou un risque?

«Politiquement fort»

Pour Nils Soguel, professeur de finances publiques à l’Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP), «toute la question, pour une collectivité publique, est de se préserver contre la volatilité de ressources fiscales qui peuvent disparaître à la faveur d’un déménagement».

«Il faut être politiquement fort», poursuit-il, «pour dire, lorsque les caisses sont pleines, qu’il faut renoncer à utiliser une manne fiscale et la placer pour profiter du rendement du patrimoine financier.» Il s’agit aussi, selon lui, de trouver des solutions pour «ne pas être à la merci» d’un contribuable influent. Dans les rues de Meilen, les habitants croisés ont des avis partagés. Un retraité qui ne veut pas dire son nom juge la mesure «excellente»: «Il n’est pas du tout nécessaire d’augmenter les impôts», dit-il. «La commune doit économiser et octroyer moins d’aide sociale. Nous devrions aussi accepter moins de Réfugiés.» Un autre habitant se félicite: «Tout augmente», relève-t-il, «les primes d’assurance maladie, les abonnements de journaux. Il faut bien que quelque chose n’augmente pas!»

Agnès Frey, une Française vivant ici depuis 26 ans, n’est pas du tout de cet avis: «Le système n’est pas juste, car la progressivité de l’impôt est plafonnée. Les très riches devraient payer beaucoup plus.»

Devant le bâtiment tout neuf de la mairie, Mathys Fischer, un artiste, secoue la tête tristement. «Meilen, c’est une catastrophe», dit-il. «On me harcèle pour une question d’impôts, ça fait 45 ans que j’habite ici et ils sont en train de tout me prendre...» Manifestement, pour certains, un paradis fiscal, ça peut aussi être l’enfer.


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