08.05.2017, 16:35  

La marque Eberhard & Co a survécu au drame familial

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Danielle Eberhard, devenue par mariage une Montandon, avec ses enfants Daniel et Marie-Christine, avant l'accident de la route qui lui ôta la vie, ainsi qu'à son époux, André Montandon.

Commémoration - La dynastie chaux-de-fonnière Eberhard, pionnière dans l'horlogerie, est fauchée jeune, en 1962. Elle perd dans un accident celui qui aurait dû reprendre la firme. Heureusement, la famille a pu remettre l'affaire en de bonnes mains. La marque a survécu. Récit d'un descendant.

Italie. Environs de Turin. 7 novembre 1962. Le sort frappe de plein fouet une famille horlogère renommée de La Chaux-de-Fonds. Danielle, née Eberhard, et son mari André Montandon sont les deux tués sur le coup dans un accident de la route. 

La manufacture de montres Eberhard & Co se voyait ainsi  brutalement décapitée par le crash fatal. "Car, mon père, André Montandon, qui collaborait avec mon grand-père, aurait dû assumer seul  la direction de l’entreprise dès le 1er janvier 1963", raconte Daniel Montandon. Marqué à vie par la disparition de son père et de sa mère, il est parti vivre loin de la Métropole horlogère. Où le siège de la firme familiale fondée en 1887, avait pignon sur rue dans le remarquable édifice Art Nouveau surmonté d’un aigle royal au n°73 de l’avenue Léopold-Robert. 

Danielle Eberhard et son mari André Montandon, avant le drame. SP

"Un repreneur providentiel"

Ce sordide coup du destin, asséné à la dynastie horlogère Eberhard alors encore jeune, sera raconté sous peu dans une monographie. Car cette année, la marque, créée à La Chaux-de-Fonds par Georges-Lucien Eberhard, fête son 130e anniversaire. Aujourd’hui la firme Eberhard & Co est présidée par Barbara Monti. 

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Son père, Palmiro Monti,  en fut l’acquéreur, fort de l’appui d’autres investisseurs, à la fin des années soixante. "Jusque-là, il s’était essentiellement occupé, pour les Eberhard, de distribuer les produits de la marque en Italie. Où elle bénéficie aujourd’hui d’une belle renommée", raconte Raffaella Guerra, qui s’emploie à la publication.

"Palmiro Monti fut le repreneur providentiel, quelques années après que le deuil s’abattit sur  les Eberhard. Maurice Eberhard l’estimait, malgré son jeune âge." Palmiro Monti n’était que trentenaire à l’époque. "Malgré tout, Maurice Eberhard jeta son dévolu sur lui pour ses talents d’entrepeneur et sa passion pour l’horlogerie." 

C’est suite à une série de téléphones et divers recoupements, que nous avons retrouvé Daniel Montandon, un Eberhard du côté maternel, donc pas immédiatement repérable comme descendant.

Turin, d’où tout part

"Mes parents se rendaient souvent en Italie, pour vendre et faire connaître les montres Eberhard & Co. Comme, avant eux, Georges-Lucien Eberhard, mon arrière-grand-père, et après lui, son fils, Maurice Eberhard, mon grand-père", remémore-t-il. "Emportés dans la mort, mon père et ma mère laissaient deux orphelins. Ma sœur, Marie-Christine, et moi. J’avais 11 ans. Et mon grand-père qui avait prévu de partir  à la retraite se retrouvait sans successeur au sein de l’entreprise familiale."

Marie-Christine et Daniel Montandon, devenus orphelins de leur papa et de leur maman, après leur accident. SP

A ses 15 ans, Daniel Montandon s’est vu proposer par son grand-père de continuer l’aventure Eberhard & Co. "Mais non, après le drame par lequel nous sommes passés, je ne voulais pas faire perdre encore dix ans  à mon grand-père en attendant que je mûrisse. Je l’aurais ainsi contraint à continuer de travailler bien au-delà de l’âge de la retraite.  Alors qu’il s’était déjà tellement donné!" 

Le trauma s'est allégé avec le temps

Après une enfance à l’internat loin de La Chaux-de-Fonds, passionné de yachting, il s’est installé, près du lac, à Saint-Prex (VD). Il revient dans la Métropole horlogère une dizaine de fois par an pour y voir l’une de ses filles qui y est installée, ainsi que des amis. "J’y viens également pour rencontrer les fournisseurs auxquels je recours  pour la marque de montres Montandon & Co, que je viens de lancer à Baselworld."

Oui, il a finalement renoué avec l’horlogerie. Apparemment le trauma profond s’est allégé, avec le temps. "Et j’ai même fait un clin d’œil aux Eberhard, en ajoutant un ‘& Co’ à ma marque, au moment de baptiser mes montres."

Le destin sur quatre générations

Georges-Lucien Eberhard, Maurice Eberhard, André Montandon et Daniel Montandon. SP

A seulement 22 ans, en 1887, Georges-Lucien Eberhard fonde la marque horlogère, à La Chaux-de-Fonds. Il descend d’une grande famille bernoise, les Eberhard, l’une des principales dynasties pionnières de l’industrie horlogère suisse. 

En 1919, les fils de George-Émile, Georges et Maurice prennent les rênes de la société. Dans les années 1920 ils créent l’événement avec la présentation d’un chronographe-bracelet à attaches mobiles et fond à charnière.

Dynastie, fauchée jeune 

André Montandon, beau-fils de Maurice aurait dû reprendre la marque début 1963. La fatalité lui barra la route. Son fils, Daniel Montandon a lancé plusieurs marques de la haute horlogerie dans les pays de l’Est et en Espagne. Il vient de lancer sa propre marque de montres Montandon & Co.  

Il a de qui tenir. Son oncle, André Heiniger, a été  le directeur général et administrateur délégué de Montres Rolex S.A. Son petit cousin Pierre-Alain Blum a été le propriétaire et animateur d’Ebel à l’époque de sa splendeur. Et n’oublions pas que son père  fut juste après-guerre le premier représentant de la Fédération horlogère de l’époque, en Amérique du sud, où il y a implanté les tout premiers comptoirs horlogers.


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