15.11.2017, 00:01  

Une fable qui a mûri quarante ans

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Hughes Richard, au centre avec son livre, entouré de Sylviane Messerli (à gauche), qui a signé la postface, de Catherine Louis, qui a réalisé l’illustration de la couverture, et de Michel Schlup, éditeur.

 15.11.2017, 00:01   Une fable qui a mûri quarante ans

Par stéphane devaux

LITTÉRATURE - La «Nouvelle Revue neuchâteloise» publie un récit d’Hughes Richard. Le poète né à Lamboing remonte à sa petite enfance. Entre réalité et fantastique.

«Un texte d’Hughes Richard monte, comme le ferait une pâte à pain. C’est un long processus de décantation et de maturation.» On ne saurait mieux dire à propos de «Miquette et le Quiperlibresson», ouvrage présenté hier à la bibliothèque de La Chaux-de-Fonds, dernier-né de l’œuvre du poète de Lamboing. Il a en effet mûri pendant 40 ans!

Directrice de Mémoires...

«Un texte d’Hughes Richard monte, comme le ferait une pâte à pain. C’est un long processus de décantation et de maturation.» On ne saurait mieux dire à propos de «Miquette et le Quiperlibresson», ouvrage présenté hier à la bibliothèque de La Chaux-de-Fonds, dernier-né de l’œuvre du poète de Lamboing. Il a en effet mûri pendant 40 ans!

Directrice de Mémoires d’Ici, à Saint-Imier, qui avait consacré il y a trois ans une grande exposition autour d’Hughes Richard, à l’occasion de ses 80 ans, Sylviane Messerli en signe la postface. C’est à elle qu’on doit cette analyse. C’est elle, aussi, qui affirme catégoriquement: «On cantonne souvent Hughes Richard à la catégorie des poètes du terroir. Or, il ne se limite pas à cela. Il est un poète. Son monde se nourrit de poésie.»

Prix de l’œuvre romanesque

Elle rappelle que s’il est bien né sur le Plateau de Diesse, dans un milieu rural, «la lignée dans laquelle il s’inscrit est celle de ses pairs, de ceux dont le sillon est fait de lettres», comme elle l’écrit à la fin de l’ouvrage. Cendrars, évidemment, mais aussi Apollinaire, Eluard ou Werner Renfer, autre enfant du Jura bernois.

Quarante ans, disions-nous. Un cheminement entamé le 10 janvier 1977 à Neuchâtel. «Ce brouillon, je l’emportais partout dans mes bagages», expliquait hier l’auteur, établi depuis 1986 aux Ponts-de-Martel, après une vie de bourlingue. Cette même année, la Société jurassienne d’émulation lui octroie son Prix de l’œuvre romanesque, pour un manuscrit de 420 pages, encore bien loin du texte final.

Quel nom biscornu!

Pourquoi diable ne pas l’avoir publié dans la foulée du prix? «Je trouvais mon manuscrit mauvais», avoue-t-il, toujours en quête du mot juste. Ce n’est donc que l’an dernier, bien qu’affaibli par la maladie, qu’il apporte la touche finale à ce récit, que publie aujourd’hui la «Nouvelle Revue neuchâteloise», dans sa collection «Ecrivains neuchâtelois d’hier et d’aujourd’hui».

Comme dans «L’or de Chasseral», paru dans la même collection en 2003, Hughes Richard plonge dans son terreau familial. Son village de Lamboing, qui l’a vu naître en 1934, «pays sans printemps» dont il s’efforce de capter la «petite musique». Il a deux ans, ses parents l’installent dans un parc, au verger, à l’arrière de la ferme familiale. Son père lui offre une chèvre. Miquette. Surgit un oiseau étrange, le Quiperlibresson, – «quel nom biscornu!», s’exclame son père dans le livre – «qui se joue de lui et le provoque», résume son ami Michel Schlup, moteur de la «Nouvelle Revue neuchâteloise».

Un volatile fantastique qui peuple les rêves du poète depuis des décennies. En 1984, il avouait déjà travailler à son premier livre de prose, «L’oiseau-moqueur». Qui était déjà le titre d’un poème de Blaise Cendrars, sur lequel Richard a planché pendant près de quarante ans... avant de chercher à l’oublier!

Déposer deux roses

Peut-être parce qu’il était temps qu’il se consacre tout entier à la poésie. Et qu’il le devienne «en puisant dans ses seules racines», avec cette question lancinante: «Comment devenir poète dans un pays, dans une famille qui n’a pas connu de poètes? Comment aussi dépasser la peur que dire notre monde, c’est le mettre à mort.»

«Raconter ce qu’ils sont devenus», écrit-il d’ailleurs à propos de ses personnages, c’est comme les faire mourir une seconde fois, comme déposer deux roses sur ce qui sera peut-être mon ultime prose.»

Même si cela devait être le cas, on en gardera un texte à fermentation lente, mais au bon goût du pays qu’il ne cesse d’explorer, serti dans un ouvrage de belle facture, imprimé chez Gasser, au Locle, avec une couverture toute en finesse signée Catherine Louis. Hier, les deux créateurs se sont croisés pour la première fois. Difficile de dire qui, de l’illustratrice née à La Neuveville et du poète ayant grandi à Lamboing, était le plus touché par cette rencontre...

INFO +

Miquette et le Quiperlibresson:

texte d’Hughes Richard publié à la «Nouvelle Revue neuchâteloise». L’auteur dédicacera le samedi 25 novembre, à la Méridienne, à La Chaux-de-Fonds, et le samedi 2 décembre à la Vouivre, à Saignelégier (chaque fois dès 11h).


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