12.10.2017, 00:01  

Drôles d’histoires venues du passé

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«Ateliers d’ébauches», une image illustrant le travail dans les ateliers l’horlogerie au 19e siècle.

 12.10.2017, 00:01   Drôles d’histoires venues du passé

Par Lena Wuergler

JURA/JURA BERNOIS Des recherches révèlent des pans inconnus de la région.

Un peu de science, des touches d’histoire et de la littérature. Chaque année, la Société jurassienne d’émulation publie ses «Actes», un épais livre réunissant diverses études, récits ou travaux sélectionnés avec soin. Tous concernent le Jura et le Jura bernois. Ils permettent de découvrir des aspects encore peu connus de ces régions. On y parle Question jurassienne, Saint-Martin ou...

Un peu de science, des touches d’histoire et de la littérature. Chaque année, la Société jurassienne d’émulation publie ses «Actes», un épais livre réunissant diverses études, récits ou travaux sélectionnés avec soin. Tous concernent le Jura et le Jura bernois. Ils permettent de découvrir des aspects encore peu connus de ces régions. On y parle Question jurassienne, Saint-Martin ou horlogerie. Petit condensé, non exhaustif, du cahier «Histoire».

Avant d’être envahie par les Français en 1798, Bienne était une «microrépublique». Sous l’occupation, les fêtes chrétiennes furent remplacées par le culte de Napoléon. Un homme, le père Niklaus Heilmann, a juré alors de ne pas poser les pieds sur le sol devenu français. C’est donc «en chaise à porteurs qu’il se faisait transporter dans la ville ou alors il grimpait dans sa calèche. Il aurait même fait installer une passerelle en bois pour rejoindre sa calèche depuis la porte de sa maison sans avoir à poser le pied sur ce sol annexé», raconte l’historien Tobias Kaestli.

En 1815, le congrès de Vienne livre à Berne l’ancien évêché de Bâle (Bienne et les actuels Jura et Jura bernois), en compensation de la perte du Pays de Vaud et d’Argovie. Les Biennois sont alors «loin d’être enchantés», souligne Chantal Garbani, présidente de la section biennoise de la SJE. Ils rêvent plutôt d’un «canton autonome de Bienne», écrit Tobias Kaestli. A l’époque, Bienne «préférait encore former un canton avec les Turcs plutôt qu’avec les ‘Pruntrutains’ (sic). En clair: plutôt avec des musulmans qu’avec les catholiques!» Ceux de l’évêché de Bâle, donc.

Florian Eitel, conservateur au Nouveau Musée Bienne, montre qu’une véritable «lutte pour la souveraineté effective sur le temps» a eu lieu à Saint-Imier au 19e siècle.

Jusqu’en 1840, c’est encore l’Eglise qui garde la maîtrise du temps. Les journées s’organisaient selon les liturgies. L’heure est encore donnée «par une seule horloge sur la façade nord du clocher de l’ancienne église Saint-Martin».

Mais après l’incendie de 1839, c’est la commune qui finança la reconstruction d’une tour équipée de quatre horloges, symptôme de la volonté de la bourgeoisie de «s’attribuer la souveraineté du temps». Suite à cette installation, «plus personne ne pouvait échapper à l’heure».

Seulement, «une personne fit de la résistance contre l’heure officielle du village», relate Florian Eitel. Il s’agit d’Ernest Francillon, directeur de la fabrique Longines. En 1880, ce dernier rappelle à ses employés que «l’heure de la fabrique avance de 5 minutes sur l’heure du village». Dans son entreprise, c’est donc «son» heure qui fait foi.

Les horaires sont nouveaux dans les fabriques. Auparavant, le monde du travail horloger était «marqué par l’irrégularité», chacun travaillant à son rythme. Mais avec le déplacement de la production du domicile aux fabriques, les fabricants parviennent à «imposer leur notion du temps».

Carole Villiger, post-doctorante en sociologie à l’université de New York, raconte qu’en 1977 une jeune recrue bernoise, Rudolf Flückiger, meurt déchiquetée par une grenade. Quelques mois plus tard, Rodolphe Heusler, «un agent de police qui enquêtait sur la mort du militaire», est abattu de plusieurs balles dans la région de Porrentruy. Au même moment, le corps d’un industriel allemand, Hanns Martin Schleyer, «est retrouvé dans une voiture à Mulhouse». L’homme avait été enlevé quelques mois plus tôt par la RAF (Rote Armee Fraktion), groupe d’extrême gauche allemand, qui voulait l’échanger contre la libération de ses leaders (dont Andreas Baader, de la bande à Baader).

Cette atmosphère produit un terrain fertile à l’imagination. «Les hypothèses les plus fantasques ont circulé sur les morts de Flückiger et Heusler», note la chercheuse. Rapidement, certains pensent que «la RAF aurait été mêlée à la mort de la recrue». Puis, une lettre anonyme accable les séparatistes Béliers. L’auteur déclare qu’il a «aidé à enlever l’aspirant Flükiger» pour une plaisanterie, qui aurait très mal tourné. D’autres missives accuseront encore les séparatistes. Ces derniers répondront «avec des accusations similaires».

Finalement, il s’avérera que les deux décès n’ont «pas été liés aux revendications autonomistes et antiséparatistes, pas plus qu’aux aspirations révolutionnaires des mouvements allemands», conclut Carole Villiger.

La Saint-Martin remaniée pour devenir un argument touristique

Le nom de la Saint-Martin vient de l’évêque de Tours, saint Martin, un officier de l’armée romaine ayant vécu au 4e siècle, qui a coupé son manteau en deux pour le partager avec un mendiant grelottant. «Saint Martin peut être considéré comme une incarnation de la notion de partage», écrit Lionel Guenin, diplômé d’un master en histoire contemporaine à l’Université de Neuchâtel.

Au Moyen Age, la Saint-Martin reste longtemps confidentielle, «destinée à réunir les familles et les amis». Ce n’est que dans les années 1970-1980, en pleine création du canton du Jura, que l’intérêt du public pour cette fête grandit.

Ce n’est pas un hasard, d’ailleurs, si le menu proposé reflète «une cuisine en opposition avec celle de la partie alémanique de la Suisse».

INFO +

Les «Actes» sont accessibles:

En version imprimée: www.sje.ch

En ligne (avec un délai de 6 à 12 mois après publication): www.e-periodica.ch

Contexte

La Société jurassienne d’émulation (SJE) est fondée il y a 170 ans, en 1847, par une douzaine d’hommes politiques et professeurs. Ils veulent alors créer une société scientifique, historique et littéraire pour la partie française de l’ancien évêché de Bâle. Aujourd’hui constituée de quinze sections réparties dans toute la Suisse, la SJE constitue le principal éditeur du Jura historique. Elle est aussi à l‘origine du Dictionnaire du Jura en ligne (www.diju.ch).


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