07.12.2017, 00:01  

Savoir se vendre en dix minutes

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 07.12.2017, 00:01   Savoir se vendre en dix minutes

SOCIÉTÉ Quand des chômeurs rencontrent des employeurs autour d’un café.

Hier matin, 10h30. Des gens attendent devant le restaurant MÖ à Neuchâtel. A l’intérieur, des dizaines de personnes patientent en faisant la queue. Sous le bras, un document. Un CV qui, on le verra plus tard, ne leur servira pas à grand-chose.

«Pour La Bâloise, c’est par ici. Faites la queue...» Toujours avec le sourire, Paola Falce et...

Hier matin, 10h30. Des gens attendent devant le restaurant MÖ à Neuchâtel. A l’intérieur, des dizaines de personnes patientent en faisant la queue. Sous le bras, un document. Un CV qui, on le verra plus tard, ne leur servira pas à grand-chose.

«Pour La Bâloise, c’est par ici. Faites la queue...» Toujours avec le sourire, Paola Falce et l’équipe du Café Pro tente de satisfaire tout le monde. C’est qu’il y en a, des gens, venus tenter leur chance dans le but de décrocher un emploi. Quelque 250, à l’instar des trois premières éditions d’un projet initié en France en 2009 et introduit dans le canton de Neuchâtel en 2017.

Chiffre révélateur

Active dans le développement des organisations, créatrice et facilitatrice de synergies, Paola Falce – avec Johanna Florey, patronne des restaurants MÖ – est à la base du concept neuchâtelois du Café Pro. C’est dans ces établissements que se déroulent ces rendez-vous informels, autour d’une table, devant un café.

Le constat du duo: les chômeurs ou les personnes en recherche d’emploi ont de plus en plus de peine à décrocher un entretien sur la base d’un CV. En face, les employeurs n’ont pas le temps de s’attarder sur tous les dossiers. Un chiffre révélateur: dans la région, pour un poste administratif, ils sont plus de 200 à postuler.

«Les employeurs ferment leur porte à double tour. Il faut casser ce mode de faire déshumanisé», souffle Paola Falce. Le contact est direct. Hier, huit employeurs étaient de la partie pour une trentaine d’emplois à repourvoir.

Rouges à lèvres

Même s’il se veut décontracté, l’exercice est délicat. En moyenne, chacun dispose d’une dizaine de minutes pour se vendre. Pas de présélection, aucune discrimination. «On favorise la personnalité et, à Travers elle, la motivation et le savoir-être», ajoute Paola Falce.

Vu la forte affluence, des personnes se doivent de prioriser leurs entretiens, en décrochant un à trois rendez-vous sur une matinée qui dure trois heures. Au chômage depuis février 2015, un Loclois lance: «C’est l’unique manière de convaincre en dehors de son CV. Je veux apporter la preuve que je peux amener de la valeur ajoutée à une entreprise. Exactement ce qu’on n’apprend pas à un chômeur.»

Le Service de l’emploi est derrière la démarche, via ses offices régionaux de placement. L’Etat a soutenu la matinée d’hier et continuera à le faire pour les trois prochains Cafés Pros. Une date est d’ores et déjà connue: le 21 février 2018 à La Chaux-de-Fonds.

Dehors, une dame s’amuse: «Je me suis offert un calendrier de l’Avent avec 24 rouges à lèvres...»

Le principal d’abord!

«Je lui ai dit: dans le sac, le CV!»

Respectivement directeur manufacturier et responsable RH chez Ceramaret, à Bôle, Sébastien Schlup et Teresa Burnet participaient hier à leur second Café Pro. «L’expérience est extrêmement intéressante. Des gens viennent se présenter spontanément, sans forcément correspondre aux offres d’emploi qui sont publiées», reconnaît l’industriel, dont l’entreprise spécialisée dans la céramique technique et la mécanique de précision dans des pièces à écran occupe près de 190 personnes. «Avec les candidats, on évoque leur parcours de vie, leurs motivations, leurs passions. Ce matin, j’ai dit à une personne: dans le sac, le CV! De fil en aiguille, il arrive qu’on s’aperçoive qu’une personne possède des compétences dans un autre domaine qui pourraient nous intéresser.»

«On doit se mettre en position d’ouverture, ne pas se limiter à un cahier des charges strict», appuie Teresa Burnet. La firme a déjà recruté deux employés à la suite du premier Café Pro. Mais ces deux engagements ne se sont pas faits dans l’immédiat. Sébastien Schlup: «Nous avons engagé un monsieur de 63ans, d’abord en contrat déterminé, puis en contrat indéterminé. Et dire que cet homme nous avait envoyé plusieurs fois son CV... Sans suite!» «Ce principe est complémentaire au système classique de recrutement», conclut la cheffe des RH.

le contexte

Le principe du Café Pro permet aux personnes en recherche d’emploi de se présenter de façon informelle, en toute convivialité, attablée au restaurant devant un café, de faire prévaloir leur personnalité sur le CV auprès d’employeurs de la région.


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