15.04.2017, 00:01  

Lettre à Sommaruga pour le jeune Guinéen Alphonse

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 15.04.2017, 00:01   Lettre à Sommaruga pour le jeune Guinéen Alphonse

ASILE Peut-être mineur, un requérant dépressif est menacé de renvoi forcé.

Le cas douloureux du jeune demandeur d’asile guinéen Alphonse, dont nous avons parlé à plusieurs reprises dans ces colonnes (nos éditions des 3, 6 et 16 mars), n’est pas clos.

Bernard, l’aumônier de rue neuchâtelois indépendant qui s’occupe de lui, vient d’envoyer la «lettre de la dernière chance» à la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga (lire l’encadré).

Bernard a pu...

Le cas douloureux du jeune demandeur d’asile guinéen Alphonse, dont nous avons parlé à plusieurs reprises dans ces colonnes (nos éditions des 3, 6 et 16 mars), n’est pas clos.

Bernard, l’aumônier de rue neuchâtelois indépendant qui s’occupe de lui, vient d’envoyer la «lettre de la dernière chance» à la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga (lire l’encadré).

Bernard a pu rendre visite à son protégé cette semaine à la prison de Frambois (GE), où ce mineur – selon ses dires et selon un extrait de naissance – est incarcéré en vue de son expulsion. Comme nous l’avions écrit, il aurait dû être expulsé le 16 mars, à destination de l’Espagne. S’il est toujours à Genève, raconte Bernard, c’est que, ce jour-là, il a refusé de monter dans l’avion.

«Il y a eu une autre tentative, qui s’est soldée de la même manière», précise Bernard. Mais «il n’y aura pas de troisième sursis», car après deux refus, selon «la pratique habituelle appliquée aux récalcitrants», il sera «immobilisé et mis dans l’avion comme un paquet». Or, selon «des bruits de couloir», ce «vol spécial» est programmé «pour le milieu de la semaine prochaine».

Espoir ténu

Toutes les démarches ayant échoué – y compris un recours devant le Tribunal fédéral – Bernard s’adresse directement, et ce pour la deuxième fois dans cette affaire, à la patronne suprême de l’asile, la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga.

Avec, il l’avoue, «très peu d’espoir». «J’espère qu’elle sera sensible à l’argumentation sur le fait qu’Alphonse est mineur, comme l’établit un extrait de naissance.»

Et si sa minorité n’est pas formellement reconnue, le certificat psychiatrique – que nous avons pu consulter – contient suffisamment d’éléments, estime-t-il, pour obtenir de stopper la machine du renvoi forcé.

«Trouble dépressif sévère»

En résumé, le psychiatre qui a examiné Alphonse fin mars retient «les diagnostics de syndrome de stress post-traumatique et de trouble dépressif sévère». Il écrit aussi avoir été «d’emblée frappé par le très jeune âge» de son patient qui, selon ses dires, «aurait 17ans dans quelques mois.» Le jeune homme «a des idées noires et reste mutique lorsque questionné sur d’éventuelles idées suicidaires».

La conclusion est sans appel: «Au vu du doute concernant l’âge du patient, la sévérité de ses symptômes psychiatriques et la péjoration de ces derniers en milieu carcéral, je ne peux que conclure que la détention est défavorable à une bonne évolution de ce jeune garçon, tant sur le plan psychique que mental.»

Bernard donne d’autres indices de l’état psychique et de l’immaturité d’Alphonse. «Quand il a été renvoyé de Neuchâtel sur Genève, il a été incarcéré dans l’établissement de Favra. Là, il recevait à manger. Après son transfert à Frambois, où les requérants sont retenus avant leur renvoi, il ne s’est nourri que de pain trempé dans du café durant plusieurs jours, car il ne sait pas cuisiner.»

A la suite de ce régime, il a souffert de troubles gastriques, qui ont disparu quand l’un de ses compagnons d’infortune plus âgé l’a pris sous son aile en l’invitant à sa table. Ses troubles ont alors disparu. «Alphonse ne demande qu’à vivre en paix et on le traite comme un criminel», conclut Bernard.

Extraits de la lettre adressée à la conseillère fédérale

«En conscience, nous ne pouvons pas éviter de vous informer de ce qui est en train de se passer (...). Le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) (...) est sur le point d’expulser le jeune Alphonse vers un autre état européen et ce en application stricte du règlement de Dublin. Or, Alphonse est mineur (15 ans à son arrivée en Suisse) et orphelin de ses deux parents.

Le SEM n’a pas tenu compte de la déclaration de l’intéressé qui a été auditionné sans assistance (...) l’enquêteur a appliqué son âge déclaré par l’Espagne, 18ans, ce en dépit de la production d’un original de l’extrait de naissance. (...) Alphonse est incarcéré à Genève, dans une prison pour adultes (...) en vue de son renvoi. (...) La Police neuchâteloise a appliqué cette mesure de contrainte, qui est normalement prévue pour les personnes présentant un risque de fuite, ce qui n’est absolument pas le cas d’Alphonse (...).

Alphonse a connu quatre deuils douloureux, des sévices dus à des actes de sorcellerie dont il porte les marques sur tout le corps et vécu un long parcours d’exil de trois ans (de 13 à 15ans), traversant plusieurs pays où il a connu la faim et la violence. Les juges n’ont pas souhaité se faire eux-mêmes une idée sur son âge, et ne l’ont pas auditionné (...), préférant s’en tenir aux appréciations de l’unique enquêteur du SEM (l’) ayant rencontré (...).

Une famille d’accueil lui a été trouvée, avec possibilité d’une place d’apprentissage et une personne s’est portée volontaire pour assumer la curatelle.»

rappel des faits

Hébergé au centre d’accueil de Fontainemelon, Alphonse, un jeune Guinéen, a été transféré à Genève début mars en vue de son renvoi en Espagne. Problème: il serait mineur et devrait donc échapper aux rigueurs de l’accord de Dublin. Il risque désormais un renvoi forcé. Sauf si la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga intervient.


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