13.07.2017, 17:46  

Réforme hospitalière: le blues de ceux qui restent à Pourtalès

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Le hall de l'hôpital Pourtalès à Neuchatel.

 13.07.2017, 17:46   Réforme hospitalière: le blues de ceux qui restent à Pourtalès

Santé Après le vote du 12 février, le personnel du site de Pourtalès s’interroge sur l’avenir. Après avoir fait de même sur le site chaux-de-fonnier de l’HNE, nous nous y sommes rendu pour écouter des membres du personnel nous raconter leur quotidien et leurs attentes.

«On m’a vendu du rêve et on continue d’en vendre à ceux que l’on engage.» Soignante, Floriane* travaille depuis peu sur le site de Pourtalès de l’Hôpital neuchâtelois (HNE). Après avoir fait de même sur le site chaux-de-fonnier (notre édition du 6 juillet) de l’HNE, nous nous y sommes rendu pour écouter des membres du personnel nous raconter leur quotidien et leurs attentes.

Depuis la votation du 12 février, qui doit aboutir à la mise en place de...

«On m’a vendu du rêve et on continue d’en vendre à ceux que l’on engage.» Soignante, Floriane* travaille depuis peu sur le site de Pourtalès de l’Hôpital neuchâtelois (HNE). Après avoir fait de même sur le site chaux-de-fonnier (notre édition du 6 juillet) de l’HNE, nous nous y sommes rendu pour écouter des membres du personnel nous raconter leur quotidien et leurs attentes.

Depuis la votation du 12 février, qui doit aboutir à la mise en place de deux sites hospitaliers autonomes, l’un à Neuchâtel, l’autre à La Chaux-de-Fonds, Floriane estime à 25 le nombre de démissions dans son service, les soins intensifs. «Même des collègues qui ont plus de vingt ans de métier et approchent gentiment de la retraite n’ont pas hésité à partir.»

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Leurs motifs? «Avec le flux des patients en provenance de La Chaux-de-Fonds, nous n’avons plus suffisamment de temps pour nous occuper d’eux comme nous le souhaiterions. Nous sommes parfois frustrés de ne pouvoir mettre en évidence toutes nos compétences.»

L’organisation du travail est aussi en cause. «L’horaire des trois fois huit est épuisant. Travailler douze heures ou plus d’affilée ne m’a jamais dérangée, mais changer à chaque fois de rythme, c’est fatigant.»

Les horaires épuisent les collaborateurs du site neuchâtelois. Photo: SNP

Le poids des incertitudes

C’est d’autant plus difficile dans une ambiance plombée par les incertitudes. «On entend de tout. Par exemple que dans trois ans, on travaillera sur appel. Ou que le site de La Chaux-de-Fonds fermera de toute manière...»

Parfois, Floriane monte œuvrer dans les Montagnes. «J’aime bien, l’ambiance est beaucoup plus familiale.» Même si tout n’est pas rose. «Quand je dis à mes amis que je travaille à Pourtalès, ils font la moue avec tout ce que l’on entend sur cet hôpital. Mais notre satisfaction vient des patients, qui reconnaissent malgré tout la qualité des soins et de l’accueil.»

Du côté des transporteurs, le climat semble plus serein. «Rien n’a changé chez nous», remarque l’un d’eux. «Bien sûr, des rumeurs circulent, mais, moi, je ferme les oreilles, je fais mon travail, c’est tout.»

Exercer son activité en essayant de ne pas se préoccuper des ouï-dire...  On entend souvent ce même refrain dans les couloirs de l’hôpital Pourtalès. «Je me donne toujours de la peine pour effectuer mon travail. Mais aujourd’hui, ma principale motivation, c’est le salaire qui tombe à la fin du mois», reconnaît Nadia*. Forte d’une vingtaine d’années d’expérience, désormais employée en orthopédie, elle déplore le contour que prend la réorganisation de l’HNE.

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«Un immense stress»

«Depuis que tout est centralisé à Pourtalès, c’est devenu l’usine. Nous avons beaucoup moins de temps à accorder aux patients, un temps qui, pour moi, est pourtant primordial. Il faut accueillir chaleureusement les gens, les rassurer.» Bref, son quotidien est devenu «un immense stress» augmenté par une palpable instabilité. «Serons-nous transférés sur le site de La Chaux-de-Fonds? Y aura-t-il des licenciements si le site du Haut disparaît un jour? Les gens ont peur, c’est certain», remarque-t-elle.

Autour d’elle, quelques infirmières ont démissionné pour aller dans le privé. Malgré tout, l’ambiance reste bonne au sein de son service. «On essaie d’être solidaires.»

«Problèmes d’ego aussi»

Collaboratrices administratives, deux employées de l’HNE disent ne constater aucun changement dans leur secteur. Par contre, «ça cause beaucoup ailleurs». Mais bon, «c’est pareil dans chaque entreprise quand il y a des réorganisations», remarque l’une d’elles. «Il y a des craintes, des déceptions, des problèmes d’ego aussi.» Elle a pu constater que le personnel chargé de la logistique est particulièrement inquiet pour son avenir, «les sites hospitaliers de l’HNE fermant les uns après les autres».

Des cuisiniers inquiets

En cuisine, ce sont les conditions de travail qui sont au cœur des discussions. «Nous sommes une cinquantaine à Pourtalès, mais les départs ne sont pas remplacés», raconte un cuisinier. Et son collègue d’enchaîner: «Sans parler des prestations sociales qui diminuent les unes après les autres.»

«Quand nous commençons le travail à 6 heures ou quand nous terminons à 23 heures, ça n’est plus compté comme des heures de nuit. Pareil pour les dimanches et les jours fériés, qui ne donnent plus droit à des jours supplémentaires de récupération.» Les deux cuisiniers craignent en outre d’être écartés de la CCT 21. Demain, cette convention collective du secteur de la santé pourrait en effet être réservée au personnel soignant. Les cuisiniers dépendraient alors d’une autre convention, moins contraignante pour leur employeur.

En quittant l’hôpital où nous avons entendu une partie de ces témoignages, nous croisons un jeune médecin. Timide sourire aux lèvres, il serine que tout se passe très bien dans son service. Enfin... «Avant la votation, nous étions tous favorables à un site unique de soins aigus à Neuchâtel. Depuis, nous évitons le sujet.» Qui, apparemment, reste quelque peu tabou.


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