07.12.2017, 00:01  

Oh Johnny, si tu savais...

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 07.12.2017, 00:01   Oh Johnny, si tu savais...

Par Françoise dargent

Légende, mythe, monument et souvent, le plus souvent, très simplement, «notre Johnny», comme l’a qualifié hier le chanteur Jean-Louis Aubert. Johnny s’en est allé, et la France entière le pleure. Rarement la mort d’un artiste a suscité une telle vague d’émotion. «On a tous en nous quelque chose de Johnny Hallyday», a déclaré dans un communiqué le président...

Légende, mythe, monument et souvent, le plus souvent, très simplement, «notre Johnny», comme l’a qualifié hier le chanteur Jean-Louis Aubert. Johnny s’en est allé, et la France entière le pleure. Rarement la mort d’un artiste a suscité une telle vague d’émotion. «On a tous en nous quelque chose de Johnny Hallyday», a déclaré dans un communiqué le président de la République, moins d’une demi-heure après l’annonce officielle. C’était dans la nuit de mardi à hier, Laeticia, sa femme, venait de lui annoncer que «son homme» s’était éteint après neuf mois de lutte contre un cancer des poumons.

Après Emmanuel Macron, les hommages n’ont cessé de pleuvoir, témoignant de la place particulière qu’occupait «la dernière idole». Brigitte Bardot le résumait, à sa façon, directe et franche: «Johnny, c’est la France», joli coup de chapeau d’un autre grand symbole national.

Eploré, le chanteur Eddy Mitchell, vieille canaille et gros blues, avouait: «J’ai perdu un frère.» A la radio, la chanteuse Line Renaud, sa «marraine» de scène, ne pouvait contenir son émotion: «Johnny ne mourra pas, Johnny va rester; c’est trop fort, le lien créé entre Johnny et la nation et toutes les générations.»

Un monument français

A l’ouest de Paris, la petite ville de Marnes-la-Coquette, réputée pour sa quiétude absolue, se réveillait comme sonnée. Son calme, déjà chahuté depuis que le chanteur était revenu s’y installer à la fin de l’été dernier avec sa famille, en a été brisé net. On annonçait en milieu de journée que le centre de la cité n’était plus accessible. Le pèlerinage avait commencé. «Il fallait que je vienne, je n’allais pas rester chez moi, je l’ai suivi partout», indiquait un fan à l’Agence France-Presse, faisant écho à de nombreux autres qui ont accompagné le chanteur depuis ses débuts sans jamais se lasser.

Johnny, un monument français. «Le Monde» rappelait hier que le journal «USA Today» avait un jour écrit à son sujet «la plus grande rock star dont vous n’avez jamais entendu parler». Aujourd’hui, la presse anglo-saxonne, frappée par le chœur de réactions suscité par sa mort, chœur emmené par le jeune président de la République, résumait aussitôt le phénomène en le présentant comme «The French Elvis». Il aurait aimé, on n’en doute pas un instant.

Une autre époque

En Belgique, tout se passait d’explication. Registre sobre mais efficace, le métro de Bruxelles diffusait les chansons de Johnny Hallyday, alias Jean-Philippe Smet, l’enfant qui aurait pu être du pays si son père, un artiste de cabaret belge, ne l’avait pas abandonné à la naissance. Le «soldat Smet», c’est aussi avec son patronyme civil que le ministère des Armées communiquait sur son passage sous les drapeaux, régiment d’infanterie d’Offenburg, en Allemagne. Une autre époque… Le jeune rebelle de la Musique y gagna encore quelques galons de célébrité.

Ce sont ces photos de lui, pendant ces années-là, en jean et santiag, blouson de cuir et banane qui ont eu les faveurs des couvertures des journaux qui paraîtront aujourd’hui et dans les jours à venir. Ce cliché d’un beau jeune homme qui s’inscrit dans le paysage au début des années 1960 et ne va plus jamais le quitter. Hier, on annonçait plus de 70 000 messages «Johnny» par minute sur l’ensemble des réseaux sociaux. Un raz de marée de mots, d’images et de musique qui perpétuaient son souvenir. «Rester vivant», chantait-il. Le Figaro

Une sacrée gueule sur grand écran

Johnny Hallyday c’est avant tout une voix, mais c’est aussi une gueule. Il n’est pas étonnant que le cinéma lui ait fait les yeux doux… avec plus ou moins de succès. Johnny Hallyday a tourné dans une trentaine de films, de courts-métrages et de séries TV. Si ses apparitions sur grand ou petit écran n’ont pas forcément marqué l’inconscient collectif, il serait précipité de le classer dans la catégorie des mauvais acteurs, même s’il a participé à bien des nanars. Car entre de bonnes mains, le charisme de Johnny pouvait aussi allumer le feu sur pellicule. L’une de ses toutes premières apparitions est dans le western à la française «D’où viens-tu Johnny?» de Noël Howard (1963). Olivier Wyser

LE patron des styles

Au cours de sa longue carrière, Johnny Hallyday est passé par tous les styles musicaux. Les gens retiennent de lui les accents rock, mais il a exploré des genres aussi différents que le blues, la soul, la variété, etc. Il a même surfé sur la vague hippie et le flower power.

Johnny Hallyday a été l’un des premiers importateurs du rock’n’roll en France. Sa carrière commence véritablement en 1960, alors qu’il est âgé de 17 ans, en signant un contrat avec la maison de disques Vogue. Le rockeur français bâtit les fondations de sa carrière sur son charisme sauvage et ses adaptations de titres américains à succès. Parmi ses premiers tubes on trouve «Souvenirs, souvenirs», emprunté à Barbara Evans, ou «L’idole des jeunes», de Ricky Nelson. Puisant dans les répertoires rock, soul, blues et rythm and blues, Johnny enregistrera plus de 130 reprises. Olivier Wyser

Quand Johnny résidait à Gstaad

Au cours de sa vie tumultueuse, Johnny Hallyday a aussi résidé dans les paisibles montagnes helvètes. Plus ou moins paisibles, en réalité, car il a choisi la station huppée bernoise de Gstaad. Et à moitié résident, puisqu’il ne passait officiellement que six mois et un jour par an dans son chalet acquis en 2006, baptisé Jade, du prénom de l’une de ses filles. Soit le minimum pour être considéré comme résident de la commune et imposé selon ses avantageuses conditions. Un épisode qui lui avait valu d’être taxé d’exilé fiscal en France. Il avait déjà tenté peu avant de se faire naturaliser Belge, comme son père, avant d’abandonner la procédure longue et dont l’issue était incertaine. Mais le mal était fait: on l’avait alors soupçonné de vouloir ainsi s’établir à Monaco, clément avec ses contribuables, sauf s’ils sont français, en vertu d’une convention d’imposition entre les deux Etats.

En plus de mettre le feu aux poudres dans l’Hexagone, l’épisode bernois de Johnny a pris une tournure politique en Suisse, donnant lieu à d’âpres débats sous la Coupole au sujet des forfaits fiscaux dont bénéficient les étrangers fortunés dans certaines communes. Des confrères de la RTS pistent la famille Hallyday pendant deux ans sur les réseaux sociaux, révélant ainsi qu’elle n’aurait en réalité passé qu’une quinzaine de jours à Gstaad. Johnny Hallyday quitte la station et s’installe définitivement à Los Angeles début 2013.

Il ne s’agissait là que de l’une de ses nombreuses maladresses financières, qui font qu’aujourd’hui, le rockeur, aux 110 millions d’albums vendus, ne lègue pas une fortune colossale à ses héritiers. Menant un train de vie fastueux, fait de villas de luxe, motos et voitures de sport, jet privé, généreux avec ses proches, Johnny Hallyday paie cher la crise du disque au début des années 2000. Il affronte ensuite de graves ennuis de Santé en 2009, qui le tiennent éloigné de la scène et grèvent son budget. Car, c’est bien de ses concerts que la bête Johnny tirait ses seize millions d’euros de revenus en 2016, demeurant sur le podium des chanteurs les mieux payés de l’Hexagone. rachel richterich

Bio express

15 juin 1943 Naissance de Jean-Philippe Smet à Paris.

1960 1er album avec la chanson «T’aimer follement».

12 avril 1965 Il épouse Sylvie Vartan, avec qui il aura un fils, David, en 1966. Il épousera aussi Elisabeth Etienne, Adeline Blondieau et Laeticia Boudou (en 1995). Il a aussi une fille, Laura, née de sa relation avec Nathalie Baye.

2015 Il publie son 50e album studio, le dernier en date, «De l’amour».

6 décembre 2017 Il meurt d’un cancer des poumons.

Carnet noir

A 74 ans, Johnny Hallyday a été finalement vaincu par la maladie. Il luttait depuis plus d’un an contre un cancer du poumon. Le chanteur s’est éteint dans la nuit de mardi à hier chez lui en région parisienne, a annoncé son épouse Laeticia.


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