06.10.2017, 00:17

Les apprentis ont la bougeotte

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Bühler a créé une classe équipée de vidéos et d’écrans, nommée classe «unlimited»: les jeunes en stage à l’étranger suivent leur prof en Suisse par vidéoconférence.

 06.10.2017, 00:17 Les apprentis ont la bougeotte

Par ariane gigon

INDUSTRIE Les jeunes du groupe Bühler se forment aussi à l’étranger.

Des apprentis suisses effectuant des stages à l’étranger durant leur formation: ce n’est pas une rareté. Mais Bühler, à Uzwil (SG), va plus loin: même séjournant à Bangalore ou Minneapolis, les jeunes continuent à suivre les cours de leur école professionnelle. Le programme, pionnier en Suisse, vient de fêter ses dix ans d’existence.

Les Allemands les appellent des...

Des apprentis suisses effectuant des stages à l’étranger durant leur formation: ce n’est pas une rareté. Mais Bühler, à Uzwil (SG), va plus loin: même séjournant à Bangalore ou Minneapolis, les jeunes continuent à suivre les cours de leur école professionnelle. Le programme, pionnier en Suisse, vient de fêter ses dix ans d’existence.

Les Allemands les appellent des «champions cachés»: ces entreprises non cotées en bourse, relativement inconnues du grand public, sont souvent des poids lourds de l’économie locale voire mondiale, et sont surtout pourvoyeuses d’emplois, chez elles comme à l’étranger. Le fabricant de moulins à céréales Bühler emploie ainsi 10 640 personnes dans le monde – dont un peu plus d’un cinquième (22%) en Suisse.

Vidéoconférences

Après le tournant du millénaire, le groupe saint-gallois a cherché une façon de préparer les plus doués de ses apprentis à être «capables de travailler dans un contexte international», rappelle Christof Oswald, chef des ressources humaines. Après l’abandon de l’idée d’échanges – car il s’avérait impossible de trouver l’équivalent de «maîtres d’apprentissage» en Chine, par exemple –, le concept de séjour sur des sites Bühler à l’étranger s’est imposé.

Principale pierre d’achoppement: les cours de l’école professionnelle, que les apprentis se doivent de suivre. Grâce à un partenariat de longue date avec le directeur du centre de formation à Uzwil, Bühler a créé une classe équipée de vidéos et d’écrans, nommée classe «unlimited»: les jeunes en stage à l’étranger suivent leur prof en Suisse par vidéoconférence. Plusieurs caméras offrent des points de vue différents. Les participants peuvent intervenir en direct.

«Cela a très bien marché, sauf qu’il fallait se lever très tôt», raconte Sabrina Würsch, polymécanicienne, qui a passé trois mois à Minneapolis en 2015. Décalage horaire oblige, les cours commençaient en effet pour elle à 6 heures du matin, 13 heures en Suisse. A Wuxi, dans la région de Shanghai, où Bühler est aussi installé, il était alors 19 heures.

«Je n’ai pas eu l’impression d’avoir raté quelque chose, mais j’ai beaucoup travaillé», poursuit la polymécanicienne. Elle est aussi très heureuse d’avoir «découvert un esprit d’ouverture que nous n’avons pas toujours en Suisse et noué de nombreux contacts».

Perspective à long terme

Moritz Waldschock a de son côté vécu un dépaysement plus radical. En 2015, cet automaticien a passé deux mois à Bengalore, en Inde, où Bühler emploie un millier de personnes, dont une trentaine d’apprentis. Il se souvient d’un «énorme choc culturel. Lorsqu’on demande quelque chose, il faut s’assurer que l’autre personne a vraiment compris, car les gens n’osent pas dire non. J’ai aussi appris à aimer tout ce qui fonctionne bien en Suisse.» Au total, 136 jeunes ont déjà participé à ce programme, couronné en 2014 par le Leonardo European Corporate Learning Award. Outre les Etats-Unis, la Chine et l’Inde, les apprentis peuvent briguer des séjours à Londres, à Joinville, au Brésil, ou encore à Johannesburg.

Christof Oswald en est persuadé: «Quand on se connaît, on règle les problèmes plus vite», explique-t-il. Pour Bühler, il s’agit aussi de «rester dans la course sur le plan international». Andreas Bischof, responsable de la formation professionnelle chez Bühler, ajoute: «Il faut garder une perspective à long terme. Quelle que soit la conjoncture, nous gardons deux tiers des apprentis, même si le carnet de commandes se dégarnit.» Enfin, le directeur général de Bühler, Stefan Scheiber, dit «vouloir construire des ponts pour se comprendre, pas construire des peurs, car la diversité est une chance. La formation des apprentis y contribue aussi».

Vers un nouveau programme chez bobst

Entre 2011 et 2016, quatorze jeunes automaticiens du groupe Bobst ont séjourné dans des filiales du groupe ou chez des partenaires en Allemagne, en Italie et en Angleterre. «L’échange a été relativement facile avec l’Allemagne, qui a un système dual similaire au nôtre», explique Markus Mosimann, responsable de la formation professionnelle. «Cela a été plus compliqué en Italie et en Angleterre.»

Les séjours ont duré huit mois, durant la troisième année de formation. «C’est nettement trop long», commente le responsable. «La conclusion de l’apprentissage peut être mise en danger.» Bobst est en train de finaliser un nouveau modèle de séjours à l’étranger, qui devrait être lancé en 2019. Pour continuer leur formation théorique, les jeunes ont assumé eux-mêmes le suivi en utilisant une plateforme d’échanges de documents mise en place par le centre de formation d’Yverdon (CPNV). «La mise en place de ce projet avec les différents partenaires a représenté un immense travail pour convaincre tout le monde», souligne encore Markus Mosimann.

Le contexte

Fondé en 1860, actif dans 140 pays, le groupe Bühler est le spécialiste mondial des moulins à céréales. Le groupe a aussi développé de nombreuses technologies dans le domaine alimentaire, (céréales, chocolat, café, riz, ou encore, depuis peu, insectes). Le Saint-Gallois propose aussi des technologies de coulage sous pression et de revêtement pour l’industrie automobile et optique.


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