07.10.2017, 00:13

Le phénix renaît du diesel

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Le patron de Renault, l’industriel Carlos Ghosn, ne cache pas les ambitions mondiales de son groupe.

 07.10.2017, 00:13 Le phénix renaît du diesel

Par rachel richterich

PRÉVISIONS On la croyait fortement cabossée par le coûteux avènement de l’électrique, et pourtant, l’industrie automobile continue de croître.

Une croissance de pas moins de 44%. C’est ce qu’a annoncé hier Renault pour 2022 par rapport à ses ventes de véhicules réalisées l’an dernier, soit cinq millions d’unités. Mais comment expliquer un tel optimisme de la part du constructeur français, alors que l’industrie automobile semblait promise il y a peu encore à l’échafaud, empêtrée dans le diesel,...

Une croissance de pas moins de 44%. C’est ce qu’a annoncé hier Renault pour 2022 par rapport à ses ventes de véhicules réalisées l’an dernier, soit cinq millions d’unités. Mais comment expliquer un tel optimisme de la part du constructeur français, alors que l’industrie automobile semblait promise il y a peu encore à l’échafaud, empêtrée dans le diesel, après le scandale des moteurs truqués ?

«Le Dieselgate a pesé sur les constructeurs, c’est certain», observe Emmanuel Chapuis, gérant de fonds chez Oddo BHF Asset Management. En termes d’image surtout. Mais la pression s’est encore accrue lorsqu’ont surgi les inquiétudes sur une possible disparition du diesel, après des discours politiques en France, en Grande-Bretagne, mais surtout en Chine, sur un abandon des moteurs thermiques au profit du tout électrique d’ici à 2040. «Ces technologies représentent de lourds investissements, qui allaient affecter la rentabilité des constructeurs», poursuit l’analyste.

Tiré par les émergents

«Mais d’un discours de fin du monde après ces annonces, on est passé à une forme d’optimisme», relève Damien Mariette, gérant de fonds à La Financière de l’Echiquier. Les opportunités, elles émanent principalement des émergents, la Russie et l’Amérique latine, où le contexte macroéconomique s’est amélioré de sorte à relancer la consommation et, donc, la vente de véhicules.

Et puis, de l’Inde et... de la Chine, qui, au vu de leur forte population et du faible taux d’équipement de celle-ci, présente un immense potentiel. En outre, si les objectifs pour l’Europe ne sont pas aussi élevés, «les ventes sont solides, autour de 4% annuels», note Emmanuel Chapuis.

Des ventes tirées par la baisse du taux de chômage et la hausse de la confiance du consommateur dans l’économie. C’est ce qui explique qu’en dépit des inquiétudes du marché pour l’industrie, la rentabilité des constructeurs se tient bien.

D’autant plus que nombre d’entre eux ont procédé à de vastes restructurations, à l’instar de PSA Peugeot Citroën en 2012, alors au bord de la faillite. «Depuis le début de l’année, les attentes sur résultats ont été revues à la hausse à hauteur de 17%, un niveau de révision inédit», poursuit le gérant.

Les constructeurs ont ainsi tour à tour présenté leurs projets. Hier, le groupe Renault, qui outre la marque éponyme possède aussi Dacia, Samsung Motors, Alpine et Lada, a assuré que d’ici à cinq ans, ses gammes comprendraient huit véhicules 100% électriques. A quoi s’ajouteront douze modèles hybrides. «Cette technologie intermédiaire permet de pallier le manque d’autonomie des batteries pour des véhicules puissants, en attendant que celles-ci s’améliorent», note Damien Mariette.

Ampleur inconnue

Mais les constructeurs européens ont-ils réellement la capacité de réussir le virage? Ils ont du moins intensément communiqué ces derniers mois pour dissiper le scepticisme ambiant, relève Emmanuel Chapuis, «en détaillant par exemple leurs différentes branches d’activité – voitures de tourisme, utilitaires, poids-lourds, etc – qui représentent autant de possibilités de spin off.» Autrement dit, leur capacité à se scinder pour extérioriser de la valeur et mieux développer un segment en particulier. Damien Mariette relève en outre que leur situation financière est globalement plutôt bonne.

Et s’il y a certes un changement radical de discours, en termes de production, «on n’assiste pas à un virage à 360 degrés. Plutôt à une adaptation à une technologie qui ne leur est pas totalement inconnue», souligne Damien Mariette. Le gérant relève en outre les économies d’échelles réalisables à terme. «C’est une industrie qui prend du temps à se mettre en mouvement, mais lorsqu’elle le fait, c’est avec le concours de tous ses acteurs en même temps, ce qui conduit à une baisse des coûts.» De là à prédire l’ampleur de ces transformations dans dix ans, «c’est aujourd’hui impossible», conclut Emmanuel Chapuis.


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