06.09.2017, 00:01  

La montre à quartz a 50 ans, un anniversaire amer

Abonnés
chargement
La Beta 1, première montre-bracelet à quartz

 06.09.2017, 00:16   La montre à quartz a 50 ans, un anniversaire amer

HORLOGERIE La Suisse n’a pas su profîter rapidement de sa nouvelle technologie.

«Le centre électronique horloger (CEH) vient d’annoncer la réalisation d’un garde-temps totalement nouveau. Il s’agit (...) de prototype d’une montre-bracelet à quartz, dont la précision est dix fois supérieure aux derniers records d’observatoires dans cette catégorie».

Le 20 décembre 1967, la prouesse du CEH est relatée dans «L’Impartial» par une dépêche de l’Agence télégraphique suisse. Elle est...

«Le centre électronique horloger (CEH) vient d’annoncer la réalisation d’un garde-temps totalement nouveau. Il s’agit (...) de prototype d’une montre-bracelet à quartz, dont la précision est dix fois supérieure aux derniers records d’observatoires dans cette catégorie».

Le 20 décembre 1967, la prouesse du CEH est relatée dans «L’Impartial» par une dépêche de l’Agence télégraphique suisse. Elle est reléguée en fin de chronique horlogère, dont l’info principale est un rapprochement entre Zenith et Movado.

En 1967, la domination suisse dans les horloges à quartz est déjà bien installée. Les records, c’est un peu du «business as usual». Ils se succèdent depuis au moins 1963, année lors de laquelle la première horloge de bord à quartz surpasse toutes ses concurrentes au concours de l’Observatoire chronométrique de Neuchâtel.

La montre-bracelet à quartz sera, de fait, une innovation clé pour l’horlogerie. Mais il faudra attendre un peu pour que l’Arc jurassien en tire profit…

«Nous célébrons une crise»

Hier, le Centre suisse d’électronique et de microtechnique, héritier, notamment, du CEH, a dignement marqué les cinquante ans de la Beta 1, première montre-bracelet à quartz. Déclinée en différents modèles, elle offrira à l’horlogerie suisse les dix premières places du concours chronométrique en 1968, ne laissant que la onzième place au concurrent japonais le plus sérieux.

La domination suisse fera long feu, et l’horlogerie s’enfoncera. «C’est une crise que nous célébrons», déclarait hier Daniel Borel, CEO de Logitech, venu donner un discours sur l’innovation en ouverture de l’événement du CSEM. Cette crise sera surmontée, notamment parce que la maîtrise du quartz permettra à la Suisse d’acquérir «des compétences uniques dans l’électronique miniaturisée, tremplin de la révolution numérique», rappelle un communiqué du CSEM.

Car les progrès neuchâtelois auront essaimé dans de nombreux domaines selon une démarche que le CSEM définit aujourd’hui par trois principes clés: basse consommation, la miniaturisation et la précision. Cette culture donnera lieu à de nombreuses innovations dans la microélectronique, de la première souris optique de Logitech (1993) aux récepteurs miniatures pour les aides auditives Phonak, parmi bien d’autres.

Les exemples mis en valeur par le CSEM soulignent à quel point l’avance de la Suisse dans le quartz bénéficiera d’abord à la microélectronique bien plus qu’à l’industrie horlogère.

Car de fait, l’avant-garde suisse du quartz évolue dans un paysage pas encore dévasté, mais qui couve une méchante grippe.

En 1965 déjà, le journaliste Pierre Champion, rédacteur en chef de «L’Impartial», de passage au Japon, souligne les progrès de Seiko. Dans sa note du 7 mai 1965, il s’inquiète: contrats de chronométrage olympiques, accélération de la production grâce à l’automatisation… «Si on ajoute à cela que le Japonais a un sens extraordinaire de l’imitation, on ne fait que souligner le développement accru de la concurrence entre montres suisses et japonaises» écrit le journaliste.

Ce que Champion ne voit pas encore, Daniel Borel l’a rappelé hier. «C’est justement le mouvement à quartz, plus facile à produire que le mécanique, qui permit à l’industrie japonaise de s’automatiser.»

Devant l’imperceptible enjeu industriel, l’avertissement n’est pas entendu. Dix ans plus tard, l’horlogerie est à terre. Certaines entreprises vont chercher aux Etats-Unis les technologies qui pourraient les sauver. Le rédacteur en chef de «L’Impartial», Gil Baillod, s’en indigne dans un édito mémorable du 18 mai 1976: «En 1967, ce fut avec des œillères mentales que fut observé un événement révolutionnaire» (le succès de la Beta 1 au concours de l’Observatoire). «Les montres à quartz avaient été entièrement fabriquées à Neuchâtel (...) On ne voulut pas croire à ces nouveaux produits car cela mettait en cause trop de choses (...) C’est cet aveuglement qui aujourd’hui fait figure de scandale.»

Il faudra attendre la Swatch, en 1983, pour que l’horlogerie se relève. Le remodelage du tissu industriel qui suivi, avec ses concentrations et sa diversification, repose toujours sur des compétences historiques horlogères autant que microélectroniques.

Preuve s’il en est que le quartz fut une aventure sociale et économique au moins autant que technologique.

rappel des faits

Hier, le Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM) a marqué les cinquante ans de la première montre-bracelet à quartz. Un événement clé dans l’histoire de l’Arc jurassien dont la perception est nuancée par l’examen des archives de presse.


Vous avez lu gratuitement
une partie de l'article.

Pour lire la suite :

Profitez de notre offre numérique dès Fr 2.- le 1er mois
et bénéficiez d'un accès complet à tous nos contenus

Je profite de l'offre !
Top