11.10.2017, 00:01  

«Jobbers», les nouveaux précaires

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Les jobbers sont mis en concurrence une fois l’annonce pour un petit boulot publiée sur une plateforme internet, puis chacun propose son prix.

 11.10.2017, 00:01   «Jobbers», les nouveaux précaires

Par Laure Gabus

TRAVAIL - Des sites internet mettent en relation ces travailleurs occasionnels et des clients. Vrais ou faux indépendants? Définir leur statut s’avère crucial.

Besoin d’un bricoleur pour vos petits travaux? Le papillon distribué par les magasins de bricolage Jumbo a retenu l’attention d’Ivan, un Genevois âgé d’une trentaine d’années. Employé de l’aéroport et ingénieur, il s’est inscrit sur le site Needelp, suggéré par le magasin, «pour compléter mes revenus», explique-t-il. Il est également inscrit sur le site similaire Youpijob. Les services rendus...

Besoin d’un bricoleur pour vos petits travaux? Le papillon distribué par les magasins de bricolage Jumbo a retenu l’attention d’Ivan, un Genevois âgé d’une trentaine d’années. Employé de l’aéroport et ingénieur, il s’est inscrit sur le site Needelp, suggéré par le magasin, «pour compléter mes revenus», explique-t-il. Il est également inscrit sur le site similaire Youpijob. Les services rendus via ces plateformes lui permettent de gagner jusqu’à 500 francs par mois.

D’abord lancés en France, Youpijob et Needelp mettent en contact quelqu’un ayant un besoin avec un jobber sachant le réaliser. Needelp se félicite d’avoir 80 000 inscrits en France: moitié-moitié entre jobbers et clients. Depuis son arrivée en Suisse romande, au printemps, le site compte près de mille internautes et se lancera en Suisse alémanique prochainement.

Pas de taux horaire

Matthieu Patin, responsable de Needelp en Suisse, explique: «Il s’agit de réaliser de petites tâches du quotidien. Il n’est par exemple pas possible d’aller sur place faire un devis, tout doit se passer sur la plate-forme. Nous prenons 20% pour la mise en relation et une assurance responsabilité civile.» Le besoin publié, les jobbers sont mis en concurrence. Chacun propose son offre et son prix. «Si un service proposé est trop cher, les gens attendent de voir si une offre plus intéressante est faite», poursuit Matthieu Patin. Le «jobber» ne fixe pas de taux horaire, il donne un prix pour l’ensemble de la prestation.

Ivan a pris l’habitude de faire une offre, de voir un autre sous-enchérir et refaire son offre à un coût inférieur. Il constate que les gens mettent le prix pour certains services, comme l’installation d’un meuble dans leur cuisine, mais cherchent l’offre la moins chère pour un déménagement par exemple. Pour lui, «ce type de plateforme ne se développera jamais assez pour manger le marché, car dès le moment où il y aura beaucoup plus de professionnels, les prix s’aligneront sur ceux du marché, et la plate-forme perdra sa raison d’être.»

Phénomène inéluctable

Son analyse optimiste est partagée par le Conseil fédéral. En janvier, il a affirmé que «le tournant numérique présente de grandes opportunités pour l’économie suisse» et que «les bases légales nécessaires sont en place». En mars, la cheffe du secteur Analyse du marché du travail et politique sociale du secrétariat d’Etat à l’économie a analysé la menace des plateformes d’emplois sur le monde du travail dans «La vie économique». Elle constate qu’en Suisse, «avec un taux élevé d’emplois, l’intérêt des travailleurs pour des contrats de travail peu attrayants pourrait rester longtemps limité». Et rappelle que «même à l’époque numérique, l’objectif suprême de la politique sociale et de celle du travail est de créer des conditions qui maximisent les chances et minimisent les risques».

Ces risques préoccupent Unia. Le syndicat craint que la numérisation du travail facilite la concurrence déloyale, ainsi que le contournement des lois sur le travail et du paiement des assurances sociales et qu’elle conduise à la paupérisation des travailleurs et, par ricochet, de la société. Le secrétaire syndical Umberto Bandiera lance: «On ne peut pas laisser les nouveaux acteurs du web dicter la législation.»

Des indépendants?

La clé du débat autour des jobbers est la même que pour les chauffeurs Uber. Doivent-ils être considérés comme des indépendants? Deux avis de droit s’affrontent autour d’Uber.

De leur côté, Jérôme Gilg, directeur de Jumbo, et Matthieu Patin de Needelp assurent que oui. «Nos jobbers assurent de petits jobs et ne travaillent pas tous les jours, il n’y a pas de relations contractuelles entre eux et la plate-forme», dit Jérôme Gilg. Matthieu Patin se défend de travailler selon le même modèle qu’Uber: «Nous ne sommes pas des employeurs, il n’y a pas de dépendance économique entre nous et le jobber, nous mettons simplement les gens en relation.» Needelp offre une assurance responsabilité civile pour dommages à des tiers et aux choses travaillées. En revanche, les assurances et cotisations sociales sont à la charge des jobbers.

Umberto Bandiera y perçoit «une volonté de casser la catégorie classique, existant dans le monde du travail, entre patron et salarié par la création de faux indépendants qui assument, comme il y a deux siècles, les risques que l’entreprise ne veut pas prendre, Le courrier

DE QUOI PARLE-T-ON?

Aux confins du salariat et du travail indépendant, le «jobbing», ou économie des petits boulots, est en plein essor. Venu des Etats-Unis, le phénomène consiste à mettre en relation des particuliers, via des plateformes internet, en vue de réaliser un travail à la tâche en échange d’une rémunération fluctuante.


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